J’ai écrit ce texte dans le cadre de mon certificat en Études Féministes à l’UQAM et pourquoi ce choix de livre? 

Grâce ou à cause de mes 2 filleules qui ont hérité des cheveux de leur papa haïtien.

Lorsqu’elles étaient petites m’ont toutes deux demandés d’avoir des cheveux lisses comme moi, leur tatie !

 

 

 

 

 

 

 

«J’ai écrit ce livre parce que, au fil des années, je me posais beaucoup de questions sur ma place dans les mouvements sociaux et féministes majoritaires. Ça a commencé par un sentiment diffus de ne pas être tout à fait à ma place, d’être souvent la seule personne noire ou racisée dans la pièce, de sentir que certaines actions ou manières de faire ne me rejoignaient pas complètement, ou ne rejoignaient pas les autres femmes noires ou racisées que je connaissais.

 Ces femmes sont toutes vraiment différentes, font face à des enjeux différents, mais partagent des histoires de résistance qui s’imbriquent et finissent par se répondre. On voit aussi la lignée de femmes passées avant elles qui ont ouvert le chemin, de qui elles tiennent la force de se débattre pour rendre la société et le monde plus beaux, plus vivables”.» Alexandra Pierre

 

 

Alexandra Pierre, féministe et militante depuis plus de 15 ans a pris conscience de sa propre histoire familiale, de la position que les femmes y occupaient, de ses origines haïtiennes et elle a décidé d’aller écouter des récits d’autres femmes et de nous les partager. Politique du cheveu crépu est le récit d’Abisara Machold. Ce texte nous dévoile toute la puissance de la symbolique du cheveu et comment au travers des siècles, ce symbole perdure. 

Abisara est née à Vienne d’une mère autrichienne (blanche) et d’un père ivoirien (noir). D’aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, elle voulait avoir les cheveux blonds, lisses comme sa maman ! Elle a toujours vu son cheveu crépu comme un défaut qui entache sa féminité. Elle voulait avoir une chevelure de princesse comme dans les livres. Pourtant, sa mère prenait le temps de lui brosser ses cheveux afin qu’elle n’associe pas ses cheveux à la douleur. Cela ne changea rien pour Abisara, avoir des cheveux crépus lui montrait qu’elle était différente de ses amies blondes aux cheveux lisses. À 14 ans, sans le consentement de sa mère, elle est allée se faire défriser ses cheveux … le bonheur ressenti étai indescriptible mais ne dura qu’une semaine à peine. Malgré les avertissements de la coiffeuse, Abisara fit à nouveau un défrisage.

« Tous mes cheveux se sont cassés, toute la longueur, de mon coude au menton. »  

 

Le défrisage affecte la nature du cheveu crépu et la repousse de ceux-ci. Ce rêve de Princesse, cette quête de cheveux lisses a entraîné des conséquences sur son estime de soi et sa confiance en elle fut grandement ébranlée. Elle a tout essayé ce qui pouvait exister dans les salons de coiffures ; des extensions, des faux cheveux, etc. Jusqu’au jour où elle a compris qu’elle devait s’accepter, accepter ses cheveux et assumer qui elle était ! 

Abisara a commencé à concocter ses propres produits pour ses cheveux. Elle s’est mise à faire ses propres masques de beauté. Elle s’était donnée comme mission de prendre soin d’elle et ça passait aussi par ses cheveux. Elle a appris à renouer avec des traditions anciennes, des savoirs perdus, à retracer l’histoire et celle des cheveux crépus, ce marqueur personnel, ce marqueur historique.

Abisara relie l’histoire des Noires à l’histoire du cheveu crépu et celle de l’esclavage. Dans la plupart des cultures, les cheveux évoquent le rang social, les origines, les étapes de la vie, l’âge, le genre, et les esclaves. À leur arrivée en Amérique, leurs maîtres leurs rasaient la tête. C’était une des façons de les humilier. Ils prétextaient que c’était une question d’hygiène mais ce n’était qu’un moyen de leur ôter leur humanité. Avec les bateaux négriers, s’en est découlé un système de valeurs de marchandises, la valeur du cheveu et donc celui de l’esclave. On déterminait la valeur de l’esclave par le « test du peigne ». Si une mèche de cheveux passait dans le peigne du maître, le cheveu était considéré comme

« bon » cheveu. Ce qui permettait à l’esclave d’avoir des tâches quotidiennes un peu plus faciles comme de travailler dans la maison du maître et même espérer d’être un peu mieux traité.

En revanche, si la mèche de cheveux ne passait pas le test peigne, le cheveu était considéré comme un « mauvais » cheveu alors là, malheureusement, l’esclave était acheminée aux travaux les plus durs sur la plantation !

Vers la fin du XVIIIᵉ siècle, à la Nouvelle-Orléans, une loi fut instaurée, la loi Tignon, qui exigeait aux femmes noires de se couvrir la tête pour cacher leur chevelure. Même après l’esclavage et encore aujourd’hui, les standards de beauté appellent les femmes noires à tendre vers le standard de beauté de la femme blanche. Pour faciliter leur intégration dans les églises, les écoles et le travail, elles ont dû se lisser et tisser les cheveux, porter des perruques, et voir même porter le Headwrap … jusqu’à renier leur propre histoire, leur propre culture pour ressembler à leurs oppresseurs.

Abisara apporte également dans son récit le symbole de la résistance. Dans chaque étape de la vie d’une esclave, malgré toutes les violences, les atrocités qu’elle a vécues, il y avait cette force en elle qui grandissait, celle de la Résistance. Elle ne pouvait parler en travaillant, elle chanta communément appeler les Work Songs. Elle chanta des messages de liberté. Entre elles, l’entraide et les sororités se développaient. Plus elles se tenaient ensemble et plus l’espoir grandissait. Plus on les obligeait à camoufler leurs cheveux et plus elles confectionnaient des Head Wraps magnifiques en signe de rébellion et pour affirmer leur beauté. Pour se rapatrier leur beauté, beaucoup de femmes se sont lancées dans l’entreprise du cheveu comme Madame C.J. Walker (1867-1919), cette femme, fille d’esclaves, est devenue une femme d’affaires grâce à son entreprise en soins capillaires..

 

En 2009, Abisara vient s’installer à Montréal où elle ouvrira en 2013, Inhairitance, son salon de coiffure où se veut un lieu où elle peut accompagner chaque femme qui y entre. Un lieu où les femmes noires acceptent et apprennent à aimer leurs cheveux crépus. Un lieu de rencontres, de partages qui permet l’exploration de Soi, d’augmenter le pouvoir sur leur corps et d’aimer leur corps. Abisara a choisi la voie de la guérison grâce à son projet collectif.

Pour que le monde actuel dans lequel nous vivons, nous devons trouver d’autres alternatives au combat ! Faire comme les oppresseurs ne fera qu’agrandir le fossé entre les peuples. Comme le souligne Abisara  : « J’ai arrêté d’être contre le racisme, contre le sexisme afin d’être pour quelque chose. »

Ayons une vision de guérison, explorons une approche plus spirituelle du féminisme.

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Alexandra Pierre

Résumé Empreintes de résistance - Politique du cheveu crépu